Cinq choses à retenir sur l’entrée en Bourse de Facebook

Bilan de la première journée de cotation, valorisation record, fonds levés, actionnaires, Zuckerberg… ce qu’il faut retenir de l’IPO de la démesure…

Les piétons de New York, le jour de l'entrée en Bourse record de Facebook, le premier réseau social du monde avec plus de 900 millions d'utilisateurs.

Les piétons de New York, le jour de l’entrée en Bourse record de Facebook, le premier réseau social du monde avec plus de 900 millions d’utilisateurs.
REUTERS/Keith Bedford
La douche froide du premier jourContrairement à ce que certains analystes annonçaient, la première journée de cotation de Facebook n’aura pas été une marche triomphale. Au contraire, sa toute nouvelle action aura fait du yo-yo toute la journée. Après avoir ouvert en forte hausse de 13%, elle est revenu rapidement aux alentours de son cours d’introduction, puis est repartie tester la zone des + 7 à 8% avant de finir la séance à nouveau tout près de son point de départ de 38 dollars, à 38,27 dollars exactement. Seule l’intervention des banques conseils a permis d’éviter l’humilation de terminer cette première séance au dessous du cours d’introduction. Autant dire qu’il s’agit d’un échec pour cette opération censée battre tous les records. D’autant que le risque de voir quand même l’action tomber sous les 38 dollars dans les prochains jours n’est pas à écarter. Comparé à d’autres IPO récentes ou célèbres, cette première journée est vraiment ratée.

Entreprise/année de l’IPO Valorisation (en milliards de dollars) Evolution du titre le 1er jour de cotation Evolution sur les 3 premières années ou depuis l’IPO
Apple/1980 3,4 +31% -25%
Microsoft/1986 1,1 +33% +277%
Google/2004 23 +18% +398%
Zynga/2011 2,1 -5% -13%
Groupon/2011 13 +30% -50%
Pandora/2011 2,6 -17% -35%
Linkedin/2011 4,3 +107% +20%

Une valorisation record de plus de 100 milliardsEn retenant un prix de 38 dollars pour pour l’introduction en bourse de Facebook, Mark Zuckerberg et ses banques conseil ont choisi le haut de la fourchette indicative de 34 à 38 dollars. Fourchette qui avait d’ailleurs été relevée de même que le nombre d’actions mises sur le marché (+25%) afin de répondre à la très forte demande des investisseurs. Un tel prix valorise Facebook à 104 milliards de dollar pour son entrée en bourse, vendredi 18 mai. Par comparaison, quand Google est entrée en Bourse, en 2004, l’entreprise n’était valorisée qu’à 23 milliards de dollars.

La question de la survalorisation de Facebook est donc posée : 79% des 1250 analystes et traders interrogés par Bloomberg jugent d’ailleurs ce chiffre de 104 milliards excessif. Et ce n’est pas la première journée de cotation qui va les faire changer d’avis. Car cette valorisation repose sur un pari extrêmement risqué en terme de performances financières pour les 10 ans à venir, nous explique Yann Magnan, directeur de Duff & Phelps. Et pourtant, la demande était si importante que le titre aurait pu être mis à prix beaucoup plus cher, estime Michel Cohen, analyste financier chez MDC Financial Research..

16 milliards de dollars levésMalgré la déception de la première journée de cotation, Facebook n’en a pas moins réalisé la plus grosse introduction en Bourse pour une valeur internet. Il s’agit de plus de la deuxième plus grosse opération toutes entreprises américaines confondues. En mettant 421 millions d’actions sur le marché, Facebook a en effet levé 16 milliards de dollars, dont 6 milliards iront alimenter les caisses du réseau social via l’émission d’actions nouvelles. Les 10 autres milliards correspondent à des actions vendues par les fonds d’investissement (comme le fonds russe DST qui va récupérer 1,7 milliard de dollars), les premiers investisseurs (comme Microsoft), et les fondateurs de l’entreprise. L’argent récolté par Facebook ira alimenter un trésor de guerre déjà fourni. De quoi financer le développement des infrastructures du réseau ou de faire des acquisitions, comme le réseau de partage de photos sur mobile Instagram, pour lequel il n’a pas hésité à débourser un milliard de dollars (dont 300 millions en cash). Le groupe a également promis pour les années 2012 et 2013  » des milliers d’embauches « .

Ces 16 milliards levés font en tout cas entrer Facebook dans l’histoire des plus grosses IPO :

Entreprise/année de l’IPO Montant levé, en milliards de dollar
Visa/2008 17,9
Facebook/2012 16,4
General Motors/2010 16
AT&T/2000 10,6
Kraft/2001 8,7
UPS/1999 5,5
CIT Group/2002 4,6
ConcoPhillipps/1998 4,4
Blackstone Group/2007 4,1
Travelers Property Causalty/2002 3,9

Qui peut être actionnaire de Facebook ?

Acheter des actions Facebook à l’occasion de l’introduction en bourse n’était pas possible pour le commun des mortels. Déjà parce que la part des titres disponibles hors des Etats-Unis était limitée à 20%. Ensuite, parce que les investisseurs institutionnels et les fonds d’investissement américains auraient réservé 80% des titres. Les particuliers se seraient donc contentés des 20% restants. Et encore, ne s’agissait-il pas de monsieur et madame tout le monde. Il fallait disposer de 500.000 à 700.000 dollars sur son compte et avoir passé une trentaine d’ordres dans l’année pour envisager de faire partie des happy few, nous a expliqué Cédric Chaboud, gérant de la société de gestion de patrimoine SPGP. Des possibilités s’ouvrent en revanche dans un second temps. « Les particuliers français pourront acheter des titres une fois l’introduction en Bourse réalisée « , note Isabelle Falloux, responsable Epargne chez BNP Paribas. Mais ce sont des opérations qui, pour des petits porteurs, pourraient s’avérer risquées.

Mark Zuckerberg, multi-milliardaire à 28 ans

Il est le visage, la figure emblématique de Facebook. A 28 ans, il est devenu un personnage intrigant, qui suscite la polémique et dont l’avis est écouté par les plus puissants. Surtout, Mark Zuckerberg est multi-milliardaire. Le prix d’introduction de 38 dollars valorise sa participation dans Facebook à 19,1 milliards de dollars, ce qui le rend plus riche que Sergey Brin et Larry Page, les co-fondateurs de Google. Il est en fait la 29ème personne la plus riche du monde selon Bloomberg. Et les actions qu’il a efectivement vendu à l’occasion de l’IPO vont lui rapporter plus d’un milliard de dollars. Un somme qui sera entièrement dédiée à rembourser des dettes fiscales. Il devrait encore conserver 18,4% du capital de son entreprise, mais 55% des droits de vote. Ses proches également vont s’enrichir, ceux qui ont cofondé Facebook ou les premiers employés de la boîte qui préfèraient, bien leur en a pris, être payés en actions. On estime à un millier le nombre de salariés de Facebook qui sont devenus aujourd’hui millionnaires.

Source : L’Expansion, Louis Amar

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